Dimanche 28 septembre 1878
Le Bleymar - Le Pont-de-Montvert





Montjoies du mont Lozère

 

… Le sentier que j'avais pris la veille au soir s'effaça bientôt et je continuai à grimper sur l'herbe desséchée et rare, en suivant une rangée de bornes semblables à celles qui m'avaient conduit à travers le Goulet.
(…) Derrière moi, au nord, la vue sur le Gévaudan devenait à chaque pas plus étendue. C'est à peine si l'on apercevait un arbre ou une maison sur ces montagnes sauvages qui se déployaient au nord, à l'est et à l'ouest, toutes bleues et or dans la brume lumineuse du matin.

(...) Bien que j'eusse longtemps attendu ce moment, je fus tout à fait surpris lorsque mes regards découvrirent l'horizon par-delà le sommet. Je fis un pas qui ne semblait pas plus décisif que tant d'autres qui l'avaient précédé, et "comme l'intrépide Cortez quand, avec ses yeux d'aigle, il regarda le Pacifique", je pus croire que j'allais prendre possession d'un nouveau monde. En effet, au lieu de la pente herbeuse que j'avais gravie si longtemps, je contemplais maintenant le ciel vaporeux et, à mes pieds, un enchevêtrement de montagnes bleues.
Les monts Lozère courent à peu près de l'est à l'ouest, coupant le Gévaudan en deux parties inégales. Leur point culminant, ce pic de Finiels sur lequel je me trouvais alors, s'élève à plus de cinq mille six cents pieds au-dessus du niveau de la mer et par temps clair, la vue s'étend sur tout le bas Languedoc jusqu'à la méditerranée. J'ai entendu des gens qui prétendaient avoir vu, du haut du pic de Finiels, des voiles blanches qui cinglaient vers Sète et Montpellier. Derrière moi, au nord, s'étendait la région montagneuse que ma route venait de traverser, peuplée d'une race pesante, pays sans vastes forêts, sans pics grandioses, fameux seulement dans le passé par ses loups légendaires. En face de moi, à demi voilée par la brume ensoleillée, s'étendait un nouveau Gévaudan, varié, pittoresque, célèbre par ses luttes épiques. On peut dire que j'étais dans les Cévennes au Monastier, et tout le long de mon voyage. Mais, au sens strict du mot, seul le pays accidenté et hérissé qui s'étendait à mes pieds, méritait ce titre et c'est à lui que le réservaient les paysans. Ce sont les Cévennes par excellence : les Cévennes des Cévennes...


 




 

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